Parce que j’adore la danse et la Russie recèle d’excellents danseurs et compagnies, je suis abonnée à plusieurs de ces danseurs sur Facebook et Instagram pour voir leurs photos et vidéos. Et dans les dernières semaines, ça m’a aussi permis de voir les répercussions de la guerre en Russie. Les gens sont touchés, déçus, choqués de ce gouvernement et de ces actions qui ne les représentent pas. Plusieurs ont publié des messages d’excuse et de soutien, disent avoir honte de leur pays. À l’opposé, je suis aussi abonnée à des danseurs Ukrainiens. En fait, et c’est pour ça à la base que j’ai été attirée par ce coin du monde, l’Europe de l’Est recèle de fantastique danseurs que je suis avidement. Mais là, ils ne parlent plus des spectacles qui s’en viennent, ils publient maintenant des photos d’immeubles détruits et des appels à l’aide.

Intérieur de l’Opéra National d’Ukraine, Kiev, image prise sur ce site

Avec la Covid depuis les deux dernières années, le milieu des arts a particulièrement été affecté. Tous les spectacles annulés ont joué dans le budget des théâtres, et les confinements ont empêché les danseurs de pouvoir s’entraîner convenablement. Il a fallu s’adapter à danser dans un salon avec une chaise et un voisin en-dessous du plancher qui craque, au lieu d’un grand local avec une barre et un plancher adapté. Puis depuis l’automne 2021, ça allait de mieux en mieux. Les spectacles reprenaient, à part quelques annulations à cause de cas de Covid isolés. Mais enfin, le domaine des arts semblaient pouvoir revenir à la vie. Et là, les danseurs Ukrainiens sont de nouveau coupés de la scène. Tout est arrêté évidemment. Je vois passer des publications où des danseurs hommes enfilent l’uniforme de l’armée et vont se battre pour défendre leur pays. C’est super parce qu’ils sont en bonne forme physique, mais on s’entend que ce n’est clairement pas là qu’ils voudraient être, tout comme les milliers d’autre Ukrainiens qui se joignent à l’armée.

J’en parlerai plus en détails dans le prochain article, pour différentes raisons, certains quittent l’Ukraine, certains restent. Ceux-ci sont une bonne source d’information primaire sur ce qui se passe sur place, parce que par exemple ils se promènent dans les rues et filment ce qu’ils voient. D’autres quittent pour pouvoir continuer de danser ailleurs. Ça montre la solidarité de la communauté du ballet à travers le monde. L’école de danse d’Istanbul accueille des élèves ukrainiens en formation pré-professionnelle. D’autres écoles en Europe et ailleurs dans le monde en reçoivent aussi. Par exemple, la compétition Youth American Grand Prix sert en ce moment de liaison entre les élèves qui veulent partir et des écoles partenaires. Ça leur permettra de poursuivre leur formation dans un endroit sécuritaire. Au niveau professionnel, des danseurs (principalement des étrangers qui étaient venus travailler en Ukraine) quittent aussi et trouvent des contrats dans des compagnies qui peuvent les accueillir. Par exemple, l’Opéra de Bucharest en Roumanie a accueilli 6 danseurs qui fuyaient les bombardements dans l’est de l’Ukraine.

Intérieur de l’Opéra National de Roumanie, Bucharest (photo de moi)

La compagnie Kiev City Ballet, qui par hasard était en tournée en France à la fin du mois de février, n’a évidemment pas pu rentrer. Des compagnies de vêtements de danse ont fait une levée de fonds pour qu’ils puissent s’équiper (certains n’étaient venus qu’avec un sac pour un spectacle et devaient rentrer rapidement) et ils ont obtenus un local sur place pour pouvoir continuer à travailler. Des danseurs ukrainiens mais qui travaillent depuis longtemps ailleurs, comme la ballerine Iana Salenko, basée à Berlin en Allemagne, participent à des gala bénéfices. Dans son cas, les recettes iront à la Croix Rouge.

Iana Salenko, pen préparation pour le gala bénéfice au Danemark. image prise sur ce site

Du côté de la Russie, il y a aussi du mouvement, et ça fait un choc dans le monde de la danse. On pourra dire ce qu’on voudrait de la Russie, c’est quand même une place mythique pour le ballet, et danser là, c’est comme la quintessence d’une carrière. Très peu de privilégiés, et encore moins des étrangers, y parviennent. Et pourtant… dans les derniers jours, beaucoup ont publiquement déclaré qu’ils quittaient la Russie, pour dénoncer son invasion de l’Ukraine. C’est le cas de Xander Parish, un Anglais premier danser au Mariinsky (Saint-Pétersbourg) depuis plus de 10 ans, et de Jacopo Tissi, un Italien premier danseur au Bolshoi (Moscou) depuis 2 mois. Leur histoire est assez extraordinaire parce que c’est très rare pour des étrangers de réussir à entrer dans une compagnie russe, et en plus d’atteindre l’échelon le plus haut. Donc c’est une déclaration d’autant plus percutante, ce qu’ils font. C’est littéralement mettre une croix sur leur rêve. Leurs messages de départ expriment leur chagrin de quitter le pays devenu leur maison et leurs collègues, mais ils montrent qu’ils ne peuvent pas en bonne conscience continuer de travailler dans un pays dont le gouvernement bombarde un autre pays. D’autres noms moins connu suivent cette voie, je le constate presque tous les jours dans mes abonnements Instagram. Une Tchèque du corps de ballet de l’opéra de Novossibirsk (Sibérie) est rentrée chez elle. Une Française qui dansait à Moscou vient de trouver un contrat en Pologne. Dans un domaine où c’est extrêmement difficile de trouver du travail, je trouve que c’est particulièrement significatif le message que ça envoie, de quitter une compagnie russe. C’est aussi un choix très personnel, et évidemment ceux qui restent danser en Russie ne soutiennent pas non plus ce qui se passe… c’est quand même plus facile pour des étrangers de quitter, ils ont un pays d’origine où rentrer. Et pour des grands noms, les compagnies se les arrachent.

Enfin, vous êtes plusieurs à m’en avoir parlé, il y a aussi des Russes qui quittent. Olga Smirnova, première danseuse au Bolshoi, vient d’annoncer qu’elle s’en allait en Hollande (en français ici). Ça a été un gros choc parce que à ma connaissance c’est la première danseuse russe (en tout cas, mondialement connue) à partir. Encore une fois, la honte des actions de la Russie et le désir de paix sont cités pour expliquer ce départ. Finalement, les tournées de compagnies russes à l’étranger sont aussi annulées.

D’autres danseurs et chorégraphes de renom, sans nécessairement quitter, expriment aussi leur désaccord dans des communications publiques. L’art et la danse ont toujours été une façon de rapprocher les gens. Des échanges culturels entre les pays ont toujours été importants: des tournées à l’étranger, des artistes invités… la guerre est un coup dur pour la danse, de tous les côtés.

4 commentaires »

  1. C’est un coup dur pour la visibilité de la Russie dans le monde du ballet, mais peut-être que toute cette dispersion de danseurs offrira une visibilité au ballet dans le monde entier!

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  2. Morgane, je comprends que cette situation touchant le monde de la danse en particulier, puisse t’affecter profondément. Tu l’as fréquenté d’assez près pour évaluer tous les dommages que ça représente. Tu dois avoir le cœur lourd. D’ailleurs tous les domaines de la culture doivent en souffrir aussi à différents niveaux. C’est un vrai désastre pour les Ukrainiens et même pour les artistes russes. Pire que la Covid !

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  3. Les artistes ont beaucoup soufferts durant la COVID mais honnêtement je n’avais pas pensé à la danse en Russie et L’Ukraine en ce moment. J’espère que tous ces danseurs danseuses pourront retrouver leur passion dans un endroit plus approprié à leur art. On oublie souvent tout l’impact de la guerre en dehors de ces images dramatiques. J’espère qu’un jour le peuple va Depoutiner.

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