En plus du taux de mortalité relativement élevé lié aux conséquences de la transition économique sur la santé mentale et physique, deux autres raisons expliquent la baisse dans la démographie des pays d’Europe de l’Est:

La fertilité

Dans les années 1990, comme on a vu dans le dernier article, beaucoup de gens sont morts. Cependant, non seulement le taux de natalité n’a pas augmenté pour compenser, il n’est même pas resté stable, et a diminué. Donc, plus de gens mourraient, et moins de gens naissaient, ce qui entraîne inévitablement une baisse dans la population.

Pendant la période communiste, les familles avaient beaucoup d’avantages sociaux. Les femmes qui avaient des enfants étaient considérées comme des travailleuses qui faisaient leur part pour l’état. Les congés de maternité étaient longs et payés, et le retour au travail garanti après. Chaque usine ou lieu de travail avait sa garderie. Plus les femmes avaient d’enfants, plus elles recevaient de l’argent, et carrément, des médailles. En Roumanie en particulier, où l’état voulait absolument augmenter sa population (= plus de travailleurs futurs), les femmes recevaient des médailles lorsqu’elles dépassaient un certain nombre d’enfants! C’était donc vraiment encouragé d’avoir des enfants, et tout était mis en ouvre pour que ce soit facile pendant et après, et que ça ne soit pas un fardeau financier ni pour la carrière.

Fin du communisme… et les avantages sociaux tombent. Les garderies ferment, les congés de maternité sont à la discrétion des nouveaux employeurs du secteur privé, et, surtout dans les premières années, il n’y a plus d’allocations familiales. Évidemment, des programmes d’aide sont revenus avec le temps, mais les premières années n’ont pas encouragé les gens à avoir des enfants. Le climat économique étant déjà précaire et les perspectives d’avenir peu reluisantes, un bébé paraissait plus comme un fardeau.

Ruse, Bulgarie

Aujourd’hui encore, le taux de natalité est resté bas. Les femmes en âge de procréer maintenant ne peuvent pas comparer avec les conditions de l’ère communiste, mais les répercussions de la transition économique se font encore sentir. Un bébé, ça coûte cher, et personne ne gagne de médaille pour avoir 10 enfants par exemple! Et surtout, la façon de penser capitaliste a pris le dessus: maintenant, les gens priorisent plus leur carrière et le fait d’être établi dans la vie avant de commencer à avoir des enfants, les priorités ont changé. Ce n’est pas du tout une mauvaise chose, mais ça fait que dans les chiffres, il n’y a pas encore assez de naissances pour compenser la mortalité.

L’émigration

Et finalement, la touche finale, beaucoup de gens quittent et vont s’installer à l’Ouest: en Allemagne, en Italie, en Scandinavie, en France, en Angleterre, en Amérique. L’ouverture des frontières quand le Rideau de fer est tombé a permis de fuir les pays de l’Est et la crise économique qui s’annonçait avec la transition. Des gens qui ne voyaient plus de futur pour eux et leurs enfants dans leur pays d’origine ont préféré quitter et s’installer à un endroit plus stable. Encore aujourd’hui, et surtout depuis que la Roumanie, la Bulgarie et la Croatie font partie de l’Union Européenne, c’est facile d’aller vivre ailleurs. L’Ouest est attirant alors que l’Est se remet trop lentement de la transition: les salaires sont plus élevés, les laboratoires de recherches sont mieux équipés, bref, les possibilités de carrière, de revenu, et d’avenir en général, sont plus intéressantes. Non seulement les pays de l’Est perdent une partie de la population par l’émigration, ils perdent surtout des spécialistes et des travailleurs qualifiés, des médecins, des scientifiques. C’est aussi une perte du point de vue économique: l’état « investit » dans des élèves, qui vont ensuite travailler et dépenser des revenus dans un autre pays.

Université en Estonie

Les solutions possibles sont compliquées à mettre en application: accepter pour compenser des immigrants, ce qui va à l’encontre des mouvements politiques illibéraux du moment, principalement en Hongrie et en Pologne, qui veulent préserver l’identité ethnique; ou encore, investir pour rendre les conditions des travailleurs plus intéressantes dans leur pays d’origine.

Pour l’instant, cependant, la chute démographique continue. Ça prendrait beaucoup d’argent et de temps pour améliorer la santé des citoyens, les opportunité d’avenir et les programmes sociaux. Ça ne redeviendra pas comme c’était pendant le communisme, mais il faudra trouver un moyen de les adapter aux pays de l’Est qui semblent peut-être encore plus perdants que gagnants dans cette transition.

Ce qui m’amène à mon expérience personnelle d’immigrante en Europe de l’Est. J’ai pu constater que ces pays ne sont pas nécessairement habitués à recevoir des demandes d’immigration du côté administratif, c’est long, compliqué et coûteux, donc ce n’est pas accessible de venir vivre dans ces pays. Mais surtout, c’était la réaction des locaux qui me montrait que ce n’est pas fréquent que des gens de l’Ouest, la destination de prédilection, viennent vivre dans l’Est! Ils me demandaient pourquoi j’avais quitté le Canada, certains même étaient en attente de leur visa pour y aller. Ils me demandaient pourquoi la Roumanie ou la Bulgarie, quand j’avais la chance de vivre au Canada… et j’avais beau leur parler de la culture, de la danse, de l’architecture, des paysages, beaucoup ne comprenaient pas… On cherche tous notre bonheur, et le mien est maintenant de raconter les histoires de cette région du monde où je l’ai trouvé!

4 commentaires »

  1. Bon j’aurais dû lire la suite avant de répondre finalement même le peu d’enfants ont même pas pu vraiment en profiter. Les familles ont dû choisir de partir. Les pays de l’Est sont malgré tout devenus relativement confortables malgré un vécu tellement difficile on peut les comprendre de pas comprendre ton choix mais choisir de raconter leur histoire est sûrement pour eux une belle reconnaissance.

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