De retour à la série Vabamu, qui tire à sa fin! Si ce n’est pas encore fait, je vous suggère fortement d’aller lire la fin de l’histoire de la petite fille en Sibérie (Vabamu 10, partie 5) puisque je reviens sur plusieurs éléments aujourd’hui.

D’abord, comme je l’avais écrit au début, ce n’est malheureusement qu’une histoire parmi tant d’autres, construites de plusieurs aspects d’histoires vraies. Des milliers de personnes ont vécu plus ou moins ce genre d’événements, et pour une bonne partie, ça ne s’est pas bien terminé.

J’ai voulu prendre une fille, et une enfant, parce que ça constituait la majorité des déportés, mais les études se concentrent surtout sur les hommes (un petit peu de patriarcat dans la recherche académique, mais ce n’est pas le sujet), probablement aussi parce que ce sont les principaux acteurs des projets de construction qui ont retenu l’attention en Sibérie. Pourtant, les femmes et les enfants ont eu des obstacles supplémentaires et je trouvais que c’était intéressant de s’y attarder un peu.

Dans les années 40-50, les filles étaient habillées en robes/jupes avec des beaux souliers. Même si certaines ont eu le temps de préparer des bagages, on s’entend qu’elles ne pouvaient pas amener ce qu’elles ne possédaient pas! Donc, leurs vêtements étaient encore moins adaptés que ceux des hommes pour la Sibérie. Elles pouvaient éventuellement les modifier ou les échanger sur place.

Image prise sur le site Gulag Online, originellement prise du musée Vabamu

Les femmes et les enfants devaient faire du travail très physique. J’ai entendu beaucoup de témoignages d’enfants qui travaillaient autant que les adultes en mentant sur leur âge, parce que c’était la seule façon d’avoir à manger. Et il y a eu beaucoup d’enfants en plus qui sont devenus orphelins et qui ont dû apprendre très tôt à se débrouiller.

J’ai parlé de la robe de la petite fille parce que j’ai vu que beaucoup de déportés avaient voulu conserver un objet symbolique de leur pays d’origine, comme un espoir d’y retourner.

J’ai voulu explorer le contexte des langues, parce que plusieurs déportés qui ont grandi en Sibérie en apprenant le russe ont mentionné qu’ils avaient trouvé ça difficile et avait eu l’impression d’être privés de leurs origines, que ce soit en ayant de la difficulté à communiquer avec leurs parents, ou plus tard, en rentrant chez eux sans pouvoir parler avec leurs concitoyens. Au final, ce n’est pas catastrophique de parler russe en Estonie, mais ça marginalisait les Estoniens qui le faisaient, parfois sans avoir le choix.

Prisonniers travaillant sur une route, image prise sur le site All that is interesting

Je ne pouvais pas tout inclure ce qui se passait en Sibérie dans l’histoire de la petite fille, évidemment. J’ai très brièvement mentionné la construction du transsibérien, qui est probablement ce pourquoi on connaît le plus les gulags. La construction de ce chemin de fer a commencé avant les gulags (fin 1890), mais ce sont ceux-ci qui ont permis de l’avancer autant avec le travail forcé, d’où le point que c’était pertinent pour les autorités soviétiques d’avoir beaucoup de prisonniers, et de les envoyer en Sibérie. Les prisonniers construisaient sans relâche des rails. Et la Sibérie, ce n’est pas juste un désert de neige, c’est aussi beaucoup de montagnes, des forêts, des lacs, alors ce n’est pas un terrain évident pour la construction, et en plus, quand il ne neige pas, le sol est gelé. Deux anecdotes à ce sujet: une partie du chemin est surnommée « Road of Bones », parce que beaucoup de travailleurs sont morts à l’ouvrage et ont été enterrés en chemin; et un de mes professeurs qui a travaillé sur les mouvements migratoires en Russie et qui s’est rendu plusieurs fois en Sibérie m’a raconté que des parties de rails sont construites à des endroits absolument improbables, loin de tout, et inutilisées aujourd’hui. Il semblerait qu’en-dehors de la nécessité de construire un trajet viable pour les marchandises, il fallait aussi occuper les prisonniers en tentant d’autres trajets qui seront finalement abandonnés avec la fin des gulags. Bref, des gens sont morts pour construire quelque chose maintenant oublié qui ne sert pas.

Image prise sur le site Daily Mail

Les trains sont le personnage principal à mon avis des déportations en Sibérie, voilà pourquoi j’ai utilisé des photos de trains pour décorer tout mes articles. Le Transsibérien est un sujet fascinant, mais je le garde pour plus tard, parce que j’aimerais bien l’emprunter un jour et faire mes propres photos! En attendant, je vous conseille d’aller ici pour en savoir plus.

Le prochain article sera consacré au retour en Estonie, où j’apporterai des explications plus théoriques sur cette partie de l’histoire de la petite fille.

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