On arrive dans le vif du sujet des déportations. On sait maintenant pourquoi elles avaient lieu, et qui étaient concerné (pratiquement tout le monde). Maintenant, voyons comment ça se passait, être déporté. Ça sera plus personnel et plus émouvant cette fois comme texte… Je me base encore une fois sur les témoignages présentés par le musée Vabamu ainsi que sur mes lectures.

Comme j’en ai parlé dans les articles précédents, déjà, pour être potentiellement déporté, il fallait appartenir à l’une des catégories menaçantes pour le régime soviétique. Mais, pour être placé dans ces catégories, il fallait soit être ouvertement identifié comme tel (par exemple, pour un soldat, ce sera écrit dans un registre auquel les Soviétiques avaient accès, pour un politicien, c’est une image public connue, etc.), ou soit être dénoncé. Les premières années du régime communiste en était d’instabilité et de terreur. Les autorités favorisaient le contrôle par la peur, le temps que tout soit bien instauré, et voulaient se débarrasser de tous ceux qui s’y opposaient, que se soit en militant, ou juste, sans vraiment le savoir, en possédant un objet défendu. C’était carrément de la paranoïa des deux côtés. N’importe qui semblait suspect, que ce soit pour un Soviétique qui fouille tout le monde, ou pour un Estonien qui se méfie de ses collègues. Dénoncer pouvait être une façon de se racheter. C’était aussi une façon de grimper dans la hiérarchie du régime, et d’être en quelque sorte protégé. Le livre When the Doves Disappeared exploite cette mécanique: l’un des personnages, un Estonien, veut garder secret son passé de soldat partisan des troupes allemandes pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Il prend une nouvelle identité, que seule son supérieur connaît, et gagne sa place dans la police en dénonçant tour à tour ses anciens camarades. De façon moins littéraire, ça pouvait simplement être par jalousie (comme pour les kulaks), ou par peur (des gens pouvaient être arrêté et forcés de « dénoncer », faute de quoi ils seraient eux-mêmes déportés). C’est là que le guide audio apportaient des éléments de réflexions. Qu’auriez-vous fait? Dénoncez-vous vos voisins, votre famille, vos amis? Ou les protégez-vous, en sachant que cela vous condamne? Vous avez 5 secondes pour décider… entre la déportation, potentiellement la mort, ou la culpabilité mais la protection, pourtant pas garantie…

Donc, les autorités obtenaient, par leurs recherches et par menaces, des noms « d’ennemis » du régime. Ils procédaient ensuite à une arrestation. Ils se rendaient chez les gens, ou sur leur lieu de travail. Il y avait même des arrestations dans les rues. Pas de procès, pas de temps à perdre avec ça, et surtout, il fallait cultiver la crainte dans le public. Les gens étaient directement déclarés coupables, et condamnés. La condamnation pouvaient varier. Les gens considérés comme plus dangereux pouvaient être d’abord amenés en prison, et ensuite exécutés ou déportés. D’autres étaient tout de suite amenés aux trains. Certains se faisaient prévenir et avaient quelques heures pour préparer leurs valises, d’autres non. Ça devait dépendre de qui donnait l’ordre et qui l’exécutait. De là aussi la partie plutôt hasardeuse des déportations. J’examinerai plus tard des opérations de déportations de masse connues, où des milliers de gens étaient déportés en quelques jours seulement. Restons dans le général pour l’instant.

Enfin, comment ne pas mentionner les conditions déplorables du transport… les gens étaient entassés et se retrouvaient beaucoup trop nombreux dans les trains, déjà en partant. Le voyage durait des semaines, sans possibilité de se laver ou d’avoir un peu d’intimité, ou simplement de pouvoir s’allonger pour dormir. Les témoignages racontent que pour les ablutions, les occupants du train perçaient un trou dans le plancher d’un coin et installait un petit rideau, pour faire office de toilette. L’insalubrité et le manque d’eau et de nourriture a été fatal pour plusieurs, qui n’ont pas survécu à la première étape de la déportation et sont morts avant même d’arriver à destination. Des histoires absolument déchirantes dépeignent des mères forcées d’abandonner leur bébé, jeté en dehors du train pendant qu’il est en marche, parce qu’il n’est pas question d’arrêter pour des funérailles, et qu’il n’est pas possible de garder les cadavres à bord. Dans un témoignage à glacer le sang, une femme se lamente de ne pas savoir où son bébé a atterri, pour pouvoir aller s’y recueillir… Quel enfer, quelle douleur… D’autres, un peu moins tristes, parlent de leur bonheur d’avoir pu au moins rester en famille. Ils se remémorent aussi les moments passés à chanter pour se divertir et se changer les idées sur les rails.

Dans le wagon reconstruit, empreintes pour symboliser les déportés. C’est la seule photo que je me suis permise. Les petits pieds me donnaient des frissons.

Le musée Vabamu permet une immersion, en présentant dans des vitrines des objets liées à l’acte de déportation en tant que tel, puis littéralement, en positionnant cette exposition dans un wagon de train. Bon, ce n’est pas un vrai wagon d’époque, mais l’idée est là. Donc déjà ça serre un peu la gorge en entrant. Ensuite, tout est très sobre, et un peu sombre, dans le wagon. Les objets ont chacun leur vitrine, sans explication, et c’est le guide audio qui raconte l’histoire derrière. Je vous donne rendez-vous demain pour celles qui m’ont le plus marquées! Préparez-vous à peut-être pleurer, sourire j’espère, je vais tâcher de rendre ce que j’ai ressenti le mieux possible!

4 commentaires »

  1. C’est la période qui devait être la pire à passer à cause de l’incertitude de ce qui attend toutes ces familles, surtout celles qui ont des jeunes enfants!! Être ainsi entassés pendant des semaines dans l’insalubrité totale est inimaginable pour qui n’a jamais vécu une telle situation! L’homme peut perdre son humanité!

    L’Histoire et l’Actualité nous le prouvent constamment, même en 2021!

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    Aimé par 1 personne

    • C’était une perspective moins noire que pour les camps de concentration par exemple… les gens savaient qu’ils ne partaient pas pour mourir, même si c’était un risque. Et ils recevaient des sentences, donc ça donne l’espoir que ça finisse un jour et je pense que ça joue beaucoup dans le moral

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