Finalement, ça aurait été beaucoup trop long de faire un seul article pour cet aspect des déportations. Je me suis vraiment emballée! Je vais donc le diviser en 2 sections, en espérant que ça ne soit pas trop mêlant!

J’avais particulièrement hâte d’écrire sur ce sujet, parce que c’était la grande question que je me posais quand j’ai appris que des milliers d’Estoniens, Lettons et Lituaniens ont été déportés. Est-ce que c’était une partie de la population ciblée, comme par exemple les Juifs pour les déportations nazies? Ou est-ce que c’était complètement par hasard, juste dans le but de mieux intégrer les pays baltes à l’Union Soviétique? Qui sont tous ces gens, pourquoi eux en particulier?

Avant d’aller en Estonie, j’avais déjà commencé des recherches là-dessus, mais j’ai eu du mal à trouver des informations qui me semblaient complètes. Je ne m’attendais pas nécessairement à trouver des listes archivées qui indiquent nom, âge, profession, etc. Mais je me suis rendue compte que les études sur le sujet faisaient plus ressortir les conséquences que les causes des déportations. Je m’y attarderai d’ailleurs aussi plus tard, mais avant j’étais vraiment intriguée par ce qui se passait disons du côté de la paperasse. Comment était décidé qui serait déporté? Je me suis aussi aperçue que comme ce sujet est encore très sensible et pas encore totalement figé dans l’Histoire (des survivants sont encore vivants donc susceptibles d’apporter des témoignages et précisions), c’est plus dur aussi de trouver des informations. Ce n’est pas comme par exemple faire des recherches sur le Moyen Âge, où ça n’implique pas vraiment directement. Là c’est la vie de déportés et de leur famille, il y a aussi une question de vie privée. Alors, du Québec, je n’avais pas beaucoup de matériel pour comprendre la bureaucratie derrière les déportations. De plus, cet aspect implique aussi d’une certaine façon les décisions, donc les acteurs, derrière les déportations… et comme ces actes ne sont pas encore entièrement et officiellement reconnus, beaucoup d’informations ne sont pas disponibles. Pour faire un parallèle, c’est un peu comme lorsqu’à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, des collaborateurs nazis brûlaient toutes les preuves qui pouvaient les incriminer. Ou encore, pour y aller avec un exemple plus près de l’Estonie, quand l’indépendance a été déclarée en 1991, les agents du KGB dans l’hôtel Viru spécialisés dans l’espionnage ont en quelques heures détruit toutes les informations sensibles avant de prendre la fuite. C’est donc plutôt difficile de trouver des preuves pour appuyer les faits, et encore beaucoup d’information sur les régimes communistes sont dans l’ombre… Les actes sont constatés, mais c’est très difficile de trouver les coupables, pourquoi, comment. Il y avait très certainement des listes de déportés, mais comme ça avait par exemple été autorisé par quelqu’un avec une signature, ça a été détruit pour ne pas l’incriminer…

C’est le musée Vabamu, qui présente des témoignages que des déportés ont tenu à transmettre, qui m’a permis d’en savoir plus. La boutique du musée tient aussi des livres qui permettent d’aller plus loin. C’est là que le musée a fait de l’argent avec moi! Un en particulier Diaries of Deportations est en fait un recueil d’histoires et de photos personnelles de survivants des déportations, dans le but de transmettre ces histoires aux générations futures pour que ça ne tombe pas dans l’oubli et que ça s’inscrive dans l’héritage collectif. Grâce au musée, aux gens qui ont participé à monter les expositions et à ceux qui ont écrit leur histoire, je comprends maintenant mieux les déportations, et j’ai pu compléter mes recherches sur qui était déporté. Je peux tout de suite dire que mes deux hypothèses étaient bonnes, c’était un mélange d’organisation et de hasard. Encore une fois, je précise que mes informations sont basées sur ce qui est arrivé en Estonie, mais ça se passait aussi en Lettonie et Lituanie. Le sujet est extrêmement complexe, alors je n’écris que ce qui selon moi est essentiel pour bien se représenter la situation. Le plus simple est de présenter en catégories:

-Les Juifs

L’Estonie détient le triste titre de premier pays « libre de Juifs » (je pourrais en reparler… ça mérite plus d’informations!). Pendant l’occupation allemande, c’était les principales déportations.

-Les témoins de Jéhovah

Une catégorie je dirais pas assez nombreuse et connue pour être citée dans les gens touchés par les déportations. Elle se reconnaîtra, je remercie la personne qui me l’a fait remarquer! J’ai lu attentivement tout ce que je pouvais dans le musée, et je suis tombée sur une machine à écrire qui avait appartenu à un témoin de Jéhovah et qu’il avait réussi à apporter avec lui lors de sa déportation pour continuer à transcrire des textes religieux. Les témoins de Jéhovah ont surtout été déportés au début des années 1950 alors que le régime communiste était bien installé. Cette idéologie rejette les croyances religieuses, peu importe lesquelles. Les témoins de Jéhovah étaient déjà un groupe marginalisé depuis avant la Première Guerre Mondiale, les persécutions ont donc en quelque sorte continué. Pour les Soviétiques, ça semblait risqué de tolérer un groupe qui pratiquait ouvertement une religion, donc qui défiait le communisme. J’en parle plus tard, en fait, de façon générale, n’importe quelle expression d’une pratique religieuse était devenu condamnable.

-Les ennemis évidents du régime communiste

Les déportations ont eu lieu au début des années 1940, jusqu’à la mort de Staline en 1953. À ce moment, l’Union Soviétique tentait de mettre en place le communisme dans les pays baltes. Une nuisance évidente était tout ceux qui représentait ouvertement une opposition, comme des politiciens et des résistants dans des mouvements anti-communistes ou anti-soviétiques connus. Ils étaient recherchés, déclarés comme ennemis du régime, arrêtés et mis en prison. Selon la gravité de leurs « crimes », ils pouvaient être directement exécutés, ou envoyés au Gulag (déportés en Sibérie). Mais ensuite, ça s’étalait à la famille et aux connaissances de ses gens. J’en reparlerai dans un prochain article, donc rapidement pour l’instant, dénoncer était une façon de s’attirer les bonnes grâces des autorités communistes, donc beaucoup de résistants, ou de gens qui avaient simplement été en contact avec des résistants, étaient dénoncés et mis dans des trains.

-Les ennemis potentiels du régime communiste

Des gens, même s’ils n’étaient pas ouvertement une menace pour l’instauration du communisme, étaient repérés et déportés si les autorités pensaient qu’ils pourraient éventuellement être un problème. Dans ces cas, une ancienne affiliation politique, ou un domaine d’étude, pouvait conduire aux trains. C’était des gens qui pouvaient être un symbole de l’indépendance de l’Estonie, donc qui avaient travaillé pour, soit derrière un bureau, ou soit sur un champ de bataille (voir la section suivante). Les agents du KGB étaient très bons pour fouiller dans le passé et les contacts des gens, malgré l’absence des réseaux sociaux! Si une personne avait fait partie d’un groupe politique de droite dans les années 20 par exemple, c’était suffisant pour être considéré comme une menace. Même si cette personne n’était plus engagée ou n’avait plus la même idéologie. De même, quelqu’un qui avait fait des hautes études pourrait potentiellement questionner le régime et rallier des gens. Il pourrait devenir un meneur « négatif ». Il valait donc mieux se débarrasser des futurs problèmes avant même qu’ils en soient. Et les dénonciations permettaient d’en repérer encore plus.

-Les soldats « ennemis »

La Première Guerre Mondiale a fourni une bonne banque de potentiels résistants. Des anciens soldats qui avaient combattu ou étaient associés d’une façon ou d’une autre à des combats contre les Russes avant la première indépendance de l’Estonie en 1918 étaient aussi des ennemis du régime. Ou simplement, avoir un parent étiqueté comme tel était un crime suffisant. L’interlude allemand de la Deuxième Guerre Mondiale a aussi été un bon prétexte. Les sympathisants, ou les enrôlés de force, et leur famille, étaient automatiquement des ennemis… à moins bien sûr de collaborer avec les autorités communistes pour dénoncer leurs connaissances. Tout ceux qui pouvaient être associés à un mouvement indépendantiste estonien étaient dangereux pour l’instauration du communisme soviétique.

C’était les catégories plus logiques de gens qui étaient déportés. Rendez-vous demain pour découvrir d’autres raisons, moins évidentes, d’être déporté…

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