Avant d’entrer dans le vif du sujet, soit les déportations pendant l’époque soviétique, il est important de revenir un peu en arrière, pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Ça fait beaucoup de mises en contexte! Mais ce sont des informations qui m’ont surprise, alors je trouvais important de les partager, pour mieux comprendre la suite.

Comme vous pouvez voir dans le titre, les déportations au début de la période communiste n’ont en fait pas été les premières à avoir lieu sur le territoire des pays baltes. J’en ai parlé dans l’article précédent, l’emphase a surtout été placée sur la déportation des Juifs vers les camps de concentration. Des films et livres comme Le pianiste et Le journal d’Anne Frank ont mis la Pologne et la Hollande sous les projecteurs. Une analyse géographique des camps de concentration, ainsi que la lecture d’un autre livre que je recommande sur le rôle des femmes allemandes pendant la guerre, Hitler’s Furies, montrent que les Juifs (et autres « indésirables) de l’Ouest de l’Europe étaient amenés à l’Est: en Pologne, en Ukraine, en Biélorussie. Comme s’ils étaient balayés d’un côté à l’autre. C’est d’ailleurs une autre raison qui explique pourquoi les crimes de guerre ont mis du temps avant d’être découverts puis reconnus à l’international: les lieux étaient en quelque sorte protégés par le rideau de fer. Ça dénonce peut-être aussi une certaine tendance à reléguer les problèmes à l’Est, pour que l’Ouest paraisse bien… on pense à la quasi inaction du reste de l’Europe pendant la guerre du démantèlement de la Yougoslavie. Mais ce serait une analyse pour une autre fois.

Et qu’en est-il des Juifs qui sont déjà à l’Est de l’Europe? Pour certains, ils ont beaucoup moins de déplacement à faire. Par exemple, le camp de concentration de Niš en Serbie était littéralement situé dans la ville. On imagine que… ça sauvait du transport? D’après une vision plus écologique ou économique? En tout cas, c’était certainement plus simple de récupérer les Juifs de la ville et des environs et de les enfermer directement là. Sans entrer dans les détails, il n’y avait pas que des Juifs évidemment, ils étaient aussi accompagnés « d’ennemis du peuple », des gens susceptibles de causer du tort au projet hitlérien. Bref, je pourrai en reparler, parce que la Deuxième Guerre Mondiale a beaucoup plus impliqué l’Europe de l’Est que ce qu’on pourrait penser, donc évidemment, ça m’intéresse! Mais tout ça pour dire que les déportations les plus connues et racontées pendant cette guerre menaient vers des camps installés dans l’Est.

Camp de concentration de Niš. On voit un bloc appartement en arrière-plan

La Deuxième Guerre Mondiale n’est pas ma période « préférée », dans le sens pour l’étudier et faire des recherches, donc je suis moins à l’aise avec les événements. Mais la première salle du musée Vabamu traite directement des déportations, et ne fait pas de coupure entre celles qui ont eu lieu pendant la guerre, et celles après. Donc, première surprise, si l’Est était une destination finale pour beaucoup de déportés, c’était aussi un lieu de départ pour d’autres pendant la guerre. Des témoignages, en vidéo pour des survivants, et écrits pour tous les autres, font réaliser qu’il n’y a pas vraiment de distinction selon la période où a eu lieu la déportation. Les conditions, les résultats, et surtout l’incompréhension devant une telle mesure, sont les mêmes. Donc, des Estoniens, Lettons et Lituaniens ont été déportés, principalement entre 1940 et 1953. Je reviendrai dans le prochain article sur le côté plus technique des déportations, mais en gros, quand quelqu’un est déporté, les autorités viennent chez lui, l’emmènent de force à un train à destination inconnue mais quelque part à l’Est, et c’est un non-dit que la personne ne reviendra probablement pas. Et les déportations en tant que tel, c’est que ça arrivait à des milliers de personnes d’un coup. C’était un moyen de pression, une façon d’exercer sa suprématie et de s’approprier un territoire, tout en se débarrassant d’une partie « gênante » de la population.

Train en Lituanie, image prise sur le site Gulag online

Comment ont commencé les déportations dans les pays baltes? Un traité secret entre Hitler et Staline (Russie) signé au début de la guerre en 1939 a permis à Staline de graduellement intégrer du territoire à la sphère d’influence communiste, si bien qu’en 1940, les pays baltes, après une brève occupation allemande, se sont retrouvés sous l’emprise de la Russie. En août 1940, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanien, contre leur gré, ont été intégrées à l’Union Soviétique. Petite parenthèse, l’Estonie avait originellement déclaré son indépendance en 1918, donc ça aurait été de courte duré, il faudra attendre le 20 août 1991 pour la retrouver.

Les Baltes n’étaient pas particulièrement contents de se retrouver occupés par quelqu’un d’autre. Les premières vagues de déportations organisées par les Soviétiques étaient donc dans le but de réprimer la résistance réelle et possible. Dès 1940, des résistants connus et des politiciens anti-socialistes ont commencé à être arrêtés et déportés. Je consacrerai un article entier sur l’identité des déportés, l’aspect qui m’a le plus intriguée. La plus grande vague de déportation pendant la Deuxième Guerre Mondiale a eu lieu les 13 et 14 juin 1941, date commémorée aujourd’hui. Environ 34 000 Baltes ont été déportés, dont 10 000 Estoniens. Les déportations avaient une double utilité pour les Soviétiques. Un peu comme les Nazis, ils se « débarrassaient » des problèmes (dans ce cas, la résistance anti-soviétique) en l’envoyant à l’Est, et ça leur permettait en même temps d’apporter de la main d’œuvre en Sibérie. Mais ce sera un sujet pour une autre fois aussi. Il y a tellement à dire! Pendant que les Nazis voulaient en gros purger l’Europe des Juifs en les amenant à l’Est, les Soviétiques préparaient leur futur empire socialiste de l’Est en amenant les résistants encore plus à l’Est.

Déportés Lettons le 14 juin 1941, image prise sur le site World War Two Daily

Au total, pendant les années 1940-1941, environ 60 000 Estoniens ont été déportés en Sibérie. Donc, ça s’est passé pendant la Deuxième Guerre Mondiale, mais ce n’était pas directement lié au conflit qui faisait rage. Ces déportations sont considérées comme des manœuvres socialistes, et leurs victimes sont soulignées dans les pays baltes comme des victimes de l’occupation socialiste.

Une autre parenthèse pour rattacher à la guerre, Hitler a rompu son traité avec Staline en juin 1941 justement, en lançant une attaque sur l’Union Soviétique. Il y a eu une courte occupation allemande jusqu’en 1944, pendant laquelle les Nazis ont fait le ménage, et l’Estonie a été le premier pays à être déclaré comme exempt de Juifs (bravo?). Il y a donc eu un bref interlude de déportations nazis. Les Soviétiques ont commencé à reprendre le contrôle en 1944, et jusqu’en 1945, allaient libérer les pays de l’Europe de l’Est sous l’emprise nazie. C’était l’avancée de l’Armée Rouge, qui en fait préparait le territoire de la future Union Soviétique. En recouvrant les pays baltes, les Soviétiques ont repris leurs méthodes répressives d’arrestations et de déportations, indépendamment des combats à l’Ouest.

La guerre s’est officiellement terminée en 1945 dans les livres d’histoire, mais en réalité, ça s’est poursuivi encore plusieurs années à l’Est. Rendez-vous dans le prochain article pour voir comment les déportations se passaient et se sont poursuivies après 1945.

Pour en savoir plus sur le contexte des déportations de 1941, je vous conseille ce site! Finalement, je sais que c’était un long texte, je vais tenter de faire plus concis pour les prochains chapitres!

7 commentaires »

  1. J’ai lu ce texte historique des déportations qui s’ajoute à toutes les informations que j’ai déjà accumulées depuis ma jeunesse par mes lectures, les films documentaires ou le cinéma artistique traitant de ces sujets malheureux de l’histoire du monde et des guerres qui ont marqué ces périodes! Mais je ne peux pas commenté davantage!

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    Aimé par 1 personne

  2. L’histoire de pays Baltes est tellement dure. Être au milieu des Nazis et ses Russes chacun voulant le territoire mais aucun respectant les gens qui y vivent. J’imagine facilement les Estoniens ne souhaitant pas le retour des Russes sachant ce qui allait se réaliser à nouveau.

    C’est terrible cette histoire. Pourquoi les humains se lancent-ils dans de tels combats pour des idéologies? J’aimerais bien voir un jour tes réflexions sur ce sujet car tu as une approche très factuelle dans tes analyses qui m’interpelle beaucoup.

    Ce n’était pas un long chapitre du tout☺️

    Aimé par 1 personne

    • Je vais tout raconter les anecdotes qui m’ont marquée, de façon la plus objective possible, mais après je pourrai y aller de façon plus personnelle, pour d’ailleurs faire coïncider ce sujet avec d’autres plus contemporains…
      Contente que tu trouves pas ça trop long, malgré le peu d’images en plus!

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  3. Le commentaire de Francis traduit bien ce que je pense, un peu comme j’ai dit dans un précédent commentaire on est tous des humains sur la même planète le pouvoir et les divergences mènent le monde. J’ai hâte aussi d’avoir tes réflexions.

    Aimé par 1 personne

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