Stara Zagora, Bulgarie

Les balcons sont pour moi ce qui rend les blocs aussi visuellement intéressants. De loin, ça fait un motif de répétitions hypnotisant, puis en les observant de proche, on voit que chacun est différent (et en fait, on voit surtout les garde-robes en train de sécher!!). C’est dans les images que je préfère photographier!

Le sujet des balcons dans le contexte du socialisme est très particulier. Toujours avec ce récurrent manque d’appartements disponibles pour la demande de toute la population qui arrivait des régions rurales, les gens n’avaient pas le choix de s’entasser dans l’espace. Trois générations pouvaient vivre ensemble dans deux pièces par exemple, avec des paravents ou des meubles pour subdiviser le salon. Ou encore (surtout dans les pays du Caucase et d’Asie Centrale), des inconnus devaient vivre dans un même appartement, puisque le propriétaire louait des « espaces de matelas », littéralement. Bref, l’espace manquait, et sa gestion est devenu un sujet de prédilection rattaché au socialisme.

Stara Zagora, Bulgarie

L’état voulait gérer autant que possible la vie de ses citoyens, ce qui créait des zones grises entre l’espace public (rues, parcs, magasins, etc.) et l’espace privé (appartements), puisque des restrictions empêchaient les habitant de réellement organiser leur chez-soi. En partant, le manque d’appartements disponibles obligeait les gens à cohabiter, et donc à faire des concessions sur l’occupation de l’espace. Ensuite, on peut imaginer que de quitter un village en campagne avec des grandes maisons et beaucoup d’espace à l’intérieur comme à l’extérieur pour venir s’installer en ville, dans un petit appartement sans cour, est étouffant.

Les balcons sont devenus à la fois une solution au problème du manque d’espace, et une façon de briser l’équité monotone espérée par l’état. Véritable zone grise entre l’espace privé (rattaché à un appartement) et l’espace public (visible), ils peuvent être perçus comme le rejet des restrictions de l’état.

Niš, Serbie

Sur cette photo, on peut voir que certains balcons sont ouverts, et d’autres fermés par des plexiglas ou des panneaux. Dans le cas des balcons ouverts, ils peuvent devenir un espace de rangement supplémentaire, pour décharger un peu l’intérieur de l’appartement. Les balcons fermés deviennent carrément une nouvelle pièce, souvent de rangement aussi (par exemple, un garde-manger puisque c’est plus frais), ou même, une pièce habitée comme une chambre, si elle est séparée, ou une extension d’une pièce existante. Pour illustrer, dans mon appartement en Roumanie, le salon était un peu plus grand que mon voisin d’en-dessous de cette façon. Par contre, le plancher était plus froid.

Balcon devenu extension de mon salon

Dans des cas un peu plus extrêmes, des habitants construisaient par eux-mêmes des extensions à leur balcon existant, pour agrandir encore plus leur espace. Ce n’était en théorie par légal, puisque ça empiétait sur l’espace public géré par l’état, et ça ne fonctionnait pas avec l’égalité prônée. Et aussi, c’était probablement un peu dangereux vu que c’était construit par des particuliers.

Contrairement à ce qui avait été prévu par les architectes, qui avaient placé les pièces d’une certaine façon, les balcons et leur extension permettait aux gens de réorganiser et de s’approprier l’espace.

Extensions illégales, Tbilisi, Géorgie, image prise sur ce site

Et ce qui pour moi rend les balcons tellement intéressants, à part pour l’attrait visuel, est cette façon de jouer avec les règles et de transformer un élément du socialisme (lieu d’habitation identique) en quelque chose qui le conteste. En plus de défier l’espace alloué par le socialisme, ils sont l’expression des occupants des appartements. On devine les familles nombreuses, les possessions, l’envie d’intimité, la décoration qui donne sa couleur au bloc gris. Paradoxalement, c’était devenu la norme de modifier et de remplir son balcon… donc au final ça redevient similaire par l’effet de groupe!

Stara Zagora, Bulgarie

Finalement, les balcons des blocs construits de façon si formelle deviennent une manifestation d’informalité, brisent la similitude entre appartements, et entre blocs, recréent un motif personnalisé, et contestent la gestion socialiste de l’espace.

Stara Zagora, Bulgarie

4 commentaires »

    • Allo! J’ai des centaines de photos en réserves de mes séjours précédents! J’ai hâte de pouvoir renouveler mon stock, mais ça me dépanne en attendant!

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