Kabul, image prise sur ce site

Je ne suis pas du tout experte dans l’histoire de l’Afghanistan. J’ai voulu parler ici d’un aspect intriguant que j’ai découvert en lisant la recherche de Elke Beyer, Competitive Coexistence Soviet Planning and Housing Projects in Kabul in the 1960s.

Au-delà des films de guerre plus ou moins inspirés d’histoires vraies et d’articles de journaux, j’ai découvert une facette plus romantique disons, et moins exploitée de l’Afghanistan par l’auteur Khaled Hosseini. Ses livres comme Le Cerf-volant de Kabul et Mille Soleils Splendides apportent un point de vue du pays différent de celui des ravages de la guerre. On se perd dans les paysages d’Asie centrale parfumée d’épices exotiques, dans les dialectes doux à l’oreille, et, à ma grande joie, dans les ruelles des villes et villages de Kabul et d’Herat.

Avant d’être pris dans ce tourbillon de combats qui nous est maintenant familier de loin, l’Afghanistan a vécu une intervention soviétique à partir de 1978. Et avant ça, dans un cadre de modernisation et d’industrialisation, l’Afghanistan a été le théâtre d’une cohabitation entre les régimes socialiste (URSS) et capitaliste (États-Unis). Si on extrapole pour revenir à mon sujet préféré, ça veut dire que des projets architecturaux financés par les deux acteurs principaux de la guerre froide se développaient côte-à-côte! Par exemple, les Soviétiques ont construit l’aéroport de Kabul, et les États-Unis, celui de la ville de Qandahar. Voilà un aspect intriguant de l’histoire du pays pendant la guerre froide.

Kabul et ses montagnes, image prise sur ce site

Depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, l’Union soviétique avait déjà « avalé » plusieurs républiques d’Asie centrale: Tadjikistan, Ouzbékistan, Turkménistan, Kazakhstan, Kirghizistan. Pour garder son influence sur la région, entre autres, le président Nikita Khrushchev a fait en 1955 une offre financière plutôt intéressante pour les projets de construction de l’Afghanistan, qui bénéficiait déjà de l’aide des États-Unis (sans vouloir trop s’engager pour ne pas avoir à accueillir une présence militaire). Et c’est à partir de là que des industries et bâtiments étaient construits par les deux puissances, dans ce qui a été nommé une « competitive coexistence ». Avant les affrontements pour la conquête de l’espace, s’ajoute une compétition architecturale en Afghanistan entre le capitalisme et le socialisme.

Les Soviétiques ont investi dans des projets d’infrastructures impressionnants et visibles, comme le pavage des rues de Kabul. Ils adaptaient aussi leurs projets aux demandes afghanes, comme des habitations à 1 étage au lieu de blocs dans certains quartiers. Malgré leurs techniques, qui semblaient moins avancées que celles de Américains, ils ont donc réussi à se tailler une bonne réputation d’efficacité. Leur investissement, en Afghanistan et dans d’autres pays en développement, servait donc non seulement à entretenir leur prestige, leur influence socialiste (l’Afghanistan a élu un gouvernement communiste en 1979), et leurs relations internationales, mais aussi et surtout à se « pratiquer ».

Constructions soviétiques, image prise sur ce site

En effet, alors que l’Union Soviétique était déjà aux prises avec un manque tant dans le budget que dans la construction de blocs pour loger tous les nouveaux arrivants dans les villes, ça peut sembler bizarre d’investir temps, argent et ressources à l’étranger. Mais ça leur a en fait permis de développer leurs compétences, par exemple pour le contrôle de la qualité, ou la planification urbaine (en 1962, ce sont les Soviétiques qui ont été chargés de créer un plan pour Kabul en expansion). Est-ce que ça a vraiment été efficace dans les techniques qu’ils ont ensuite appliquées chez eux? C’est un autre débat, mais tout ça pour dire que les villes Afghanes ont un peu servi de brouillon pour l’urbanisation soviétique, puisque leurs villes avaient les mêmes défis. Et comme les États-Unis faisaient leurs propres constructions en parallèle, il y a certainement eu un échange d’influence et de compétences, du moins par observation. Et pendant ce temps, Kabul, Herat et d’autres villes afghanes profitaient d’une modernisation peu dispendieuse! En effet, le plan de Kabul développé par les Soviétiques impliquait des constructions résidentielles, mais aussi des industries, des routes, des parcs, le développement des secteurs gouvernementaux et une présence internationale (ambassades, etc.) accrue. Il y aurait là le débat du respect des traditions, un sujet d’industrialisation pertinent en Afghanistan comme dans beaucoup d’autres pays dans la sphère du socialisme qui ont subi ce genre de transformations urbaines en accéléré… ce sera pour une autre fois!

Et maintenant, les « mikrorayons », ces quartiers de blocs soviétiques, sont aussi un héritage de l’influence socialiste en Afghanistan, comme dans les pays plus au nord…

Nomades afghans et blocs soviétiques, 1970, image prise sur ce site

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